Les autorités nigériennes ont lancé un comité spécialisé chargé de documenter les contentieux avec Orano et de défendre les intérêts du pays devant toutes les instances judiciaires. Cette initiative s’inscrit dans la volonté affichée de l’État de reprendre le contrôle juridique et économique du secteur minier.
À Niamey, le ministre de la Justice du Niger, Alio Daouda, a officialisé le 4 février la création d’un comité d’experts chargé de documenter les plaintes et les litiges entre le Niger et la société minière française Orano. Cet organisme est chargé de rassembler les preuves, d’évaluer les préjudices et de préparer les procédures judiciaires, dans un contexte marqué par la volonté affichée de Niamey de renforcer la souveraineté nationale sur ses ressources minières.
Le comité multisectoriel mis en place a pour mission de construire des argumentaires juridiques afin d’attaquer Orano devant toutes les instances nationales, régionales et internationales, y compris les juridictions françaises, et de défendre pleinement les intérêts du Niger.
Alio Daouda a dénoncé des terres souillées par l’exploitation et des déchets toxiques déversés à l’air libre.
M. Daouda a fait savoir que le Niger avait pris la décision de nationaliser l’exploitation des ressources minières du pays, ce qui a suscité plusieurs procédures d’Orano contre le Niger devant le centre international de règlement des différends pour revendiquer une propriété minière sur les terres nigériennes.
À cet égard, selon le ministre nigérien de la Justice, le Niger a décidé de ne pas rester inactif et a engagé une procédure judiciaire contre Orano, en prenant toutes les mesures conservatoires nécessaires devant les tribunaux nationaux et étrangers afin d’obtenir une condamnation et la réparation des dommages subis dans le cadre de la procédure.
Cette décision fait suite à l’annonce du gouvernement nigérien de porter plainte contre le groupe français, accusé de pillage de ressources et de pratiques jugées préjudiciables aux intérêts économiques du pays.
La tension Niamey-Orano s’était déjà cristallisée le 2 décembre, lorsque les autorités nigériennes ont annoncé leur intention de poursuivre Orano après la découverte de « 400 tonneaux contenant de la carotte radioactive » sur un ancien site d’exploitation abandonné par l’entreprise dans le département d’Arlit, au nord du pays. Les autorités évoquent des atteintes graves à la santé publique et à l’environnement.
Selon les informations communiquées par le gouvernement du Niger, des mesures de dose effectuées sur ces matières révèlent une toxicité comprise entre 7 et 10 microsieverts par heure, alors que la dose normale serait de 0,5 microsievert. Les échantillons auraient mis en évidence l’association de bismuth 207 et de chrome X. Dans un communiqué au ton inhabituellement sévère, les autorités ont accusé la société d’avoir « porté et continue de porter atteinte à la santé des populations nigériennes », évoquant des « crimes de masse » par l’emploi de substances radioactives et une « mise en danger de la vie d’autrui ».
Toujours en décembre, le spécialiste français de l’uranium a affirmé que les autorités nigériennes avaient « pris le contrôle opérationnel » de sa filiale minière au Niger.
« Les dépenses de production qui se poursuivent sur le site dégradent chaque jour davantage la situation financière de la société », a ajouté Orano dans son communiqué. « Dans ce contexte, l’application de la résolution adoptée par le conseil d’administration de la Somaïr, le 12 novembre, de suspendre les dépenses liées aux activités de production pour prioriser le paiement des salaires et de préserver l’intégrité de l’outil industriel est empêchée », a-t-il poursuivi.
Pour l’heure, le dossier avance dans un climat de méfiance totale. Tandis que le Niger promet d’aller jusqu’au bout devant toutes les juridictions possibles, l’issue de cette confrontation — qui touche à l’une des ressources les plus sensibles du pays — pourrait redéfinir durablement les règles du jeu minier en Afrique de l’Ouest.